Ma très chère amie, voici mon commentaire/interprétation de ton rêve.

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Cette nuit-là j’étais perturbée et j’ai fait un rêve angoissé. J’étais avec mon amie Amel de Tunisie (l’une des héroïnes de l’un de mes romans sur ce pays[1]). Je lui avais rendu visite l’année précédente en Tunisie car elle souffre de Alzheimer et ne peut plus se déplacer. Sa fille Azza gère le mieux possible cette situation si difficile avec toutes ses autres responsabilités.

Dans mon rêve, Amel est couchée sur un lit sale, elle est complètement dépenaillée. Elle est comme dans une prison dégueulasse. Les gens autour d’elle ne veulent pas que je l’approche et essaient de m’en empêcher. 

Je me révolte et ne les écoute pas. Je crie haut et fort que je suis venue pour la filmer et je sors une caméra sophistiquée.

Amel se dresse sur le lit et semble me reconnaître. Elle prend un drap blanc dans lequel elle s’enroule comme dans un linceul.

Je la filme et elle se défait petit à petit du drap/linceul ; elle redevient vivante et belle comme dans le passé.

Tous nos souvenirs remontent à la surface.

Elle regarde, me regarde.

Je la regarde et lui dis : Va Amel, mon amie, va vers la mer …

Et je me réveille.

« Ce texte, bouleversant par sa symbolique, explore avec intensité la douleur de la perte progressive liée à la maladie. Ce rêve, clair et net, devient ici un espace de refus et de résistance. Face à la déchéance, à l’enfermement et à l’indignité physique et morale imposés à ton amie Amel, l’héroïne d’un de tes livres, tu refuses son impuissance et te révoltes. Et de quelle façon !

Ton arme sera cette caméra ! Tu t’opposes au silence et à l’oubli par l’acte de filmer, c’est-à-dire de fixer, de témoigner, donc, de sauver par l’image.

Et voilà la figure du drap blanc, ce linceul évoquant la mort imminente, qui se défait peu à peu, face à la puissance salvatrice des souvenirs et de la création. Apparait alors la possibilité d’une renaissance. Amel retrouve sa beauté passée, son identité profonde, et surtout le lien affectif qui vous rattache toutes les deux est bien là. La maladie n’a plus le dernier mot, car les moments partagés redonnent vie. 

Le rêve se termine par une invitation à « aller vers la mer », vers cet horizon de liberté et d’apaisement ! Un geste d’amour ultime : laisser partir sans abandonner, accompagner sans retenir !

Ce texte, d’une grande pudeur, transforme l’angoisse nocturne en une méditation lumineuse sur l’amitié, la dignité humaine et le pouvoir de la mémoire et du vécu face à l’effacement.

Un rêve qui répare ce que la réalité a brisé. »

Fatiha Benmansour Bedran 

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