par Chekib Abdessalam
L’Algérie et l’Iran : Une Alliance Stratégique dans un Monde en Mutation
Les relations algéro-iraniennes, marquées par des hauts et des bas historiques, se sont cristallisées récemment autour d’un partenariat stratégique. Ce lien dépasse rapidement les simples échanges diplomatiques traditionnels pour s’ancrer dans une coopération fondée sur des intérêts communs, des valeurs partagées et une volonté commune qui prétend contester un hégémonisme occidental afin, sur le front intérieur, de détourner l’attention, d’une part, des différentes couches sociales de leurs préoccupations et revendications légitimes en période de crise et, d’autre part, celle des observateurs internationaux. Les seules véritables valeurs mises en commun, voire mutualisées, dans le cas de régimes où la justice est aux ordres, la presse baillonée, toute libre expression réprimée, et où se pratique la diplomatie des otages, demeurent la corruption, l’abus d’autorité, les passe-droits, la répression et l’excés de pouvoir.
Similitudes entre les Régimes Algérien et Irakien
Les deux États partagent aussi des caractéristiques structurelles qui renforcent leur alliance autour des points suivants :
- Présence religieuse dans l’État : Le rôle de la religion comme pilier politique est central, évident dans un régime théocratique comme en Iran ou instrumentalisé comme en Algérie qui semble privilégier un islamisme rétrograde au sein d’un État séculaire, du moins en apparence.
- Centralisation du pouvoir : Les deux systèmes politiques reposent sur une forte concentration des pouvoirs au sommet, avec un guide suprême et ses gardiens de la révolution et autres pasdarans ou avec un président et ses sponsors militaires exerçant un contrôle étroit sur les institutions.
- Économies étatistes : Une gestion centralisée des ressources y est pratiquée. Notons qu’une forte dépendance aux hydrocarbures marque les deux pays.
- Autonomie face aux puissances occidentales : Les deux États cherchent à défier l’influence américaine et européenne, notamment via la création de réseaux économiques alternatifs souvent maffieux tels que les filières du narco-terrorisme et de la contrebande.
Aux confluences de la Relation Algéro-Iranienne
Alger s’est positionnée comme un proxy de Téhéran en raison :
- du partage des valeurs islamiques et traditionnelles : Une identité culturelle malmenée qui renforce le lien stratégique.
- D’une position géographique convergente : Les deux pays partagent une visée d’opposition aux puissances mondiales dans la région du Maghreb et du Golfe.
- et en raison d’intérêts régionalistes : Une volonté de contrer l’influence israélienne et des États occidentaux dans le Moyen-Orient (MENA) et pour le cas de l’Algérie renforcée par les haines, sans cesse attisées depuis bientôt trois quarts de siècle, des sentiments anti-français, anti-israélien, anti-juif, anti-marocain, “anti-voisin”, complétées par un racisme viscéral d’Alger à l’égard de l’Afrique de l’ouest et du Sahel confirmée par ses ambitions hégémoniques dans la sous-région et par sa gestion des migrants clandestins et des travailleurs subsahariens sans papiers utilisés comme esclaves modernes sur les petits et grands chantiers des centres urbains.
Soutien et contournement des Sanctions internationales
Le soutien est à la fois politique, économique et diplomatique. L’Algérie développe des circuits économiques alternatifs, utilisant des devises locales (dinars algériens, rials iraniens) ou des monnaies comme le yuan chinois pour éviter les restrictions et ainsi permettre à l’Iran de contourner les sanctions internationales. Pour cela les compères mettent en place des structures parallèles. Au fil du temps, les deux États totalitaires ont créé des réseaux commerciaux décentralisés et d’ententes diplomatiques malgré les pressions internationales.
Coopération militaire et nucléaire
- Partage d’expertise technique : L’Algérie, largement complexée face à un État dont la société est tout de même héritière d’une civilisation de plusieurs millénaires, ce qui explique la position de l’Algérie comme proxi ou disons comme vassal de l’Iran, prone un “partage d’expertise technique”. Cette position inconfortable de l’État algérien s’est accentuée depuis son isolement international. Mais, surtout, l’Algérie est prête à tout pour mendier une quelconque coopération et des échanges sur le développement de systèmes de défense, la cybersécurité, le nucléaire et l’industrie des drones. La république islamique d’Iran répond présente. La recherche scientifique conjointe est engagée. Dans ce cadre, en outre, les deux États tentent de mettre en oeuvre des projets sur la réduction des déchets radioactifs, l’application médicale du cobalt-60, et la recherche sur les réacteurs nucléaires à eau légère. On comprend mieux également la présence ces dernières années de spécialistes atomistes et autres scientifiques à In Oussera, à Tindouf et à Tamanrasset dans la région de Timgaouine 1 et 2, mines d’uranium exploitées par l’armée algérienne autrefois en coopération avec l’URSS.
Des institutions sont impliquées. Ainsi, plusieurs structures et organismes sont mobilisés dans les deux États, dont pour exemple, en Iran, l’Organisation des sciences et de la technologie (OST), la Commission pour les affaires atomiques (CAATSA) et en Algérie, le Commissariat national de l’énergie nucléaire (CNE) et le Centre national des technologies nucléaires (CNTN).
Flagornerie et autocongratulation
Les exemples de bonnes relations dans la presse et les déclarations Officielles ne manquent pas. La flagornerie fait son chemin du haut vers le bas et de bas en haut. Les dirigeants du proxi s’empressent genou plié. Les dirigeants du parain acquiescent et déroulent leur agenda.
Les dirigeants abondent en compliments. Depuis le dernier mandat de Bouteflika à ce jour, les relations sont au beau fixe. Chacune des deux parties, le parrain et le proxy, ne manque pas de s’en féliciter. Pour le Président Bouteflika : « L’Iran est un allié stratégique essentiel pour l’Algérie ». Pour le Président Raïsi : « L’Algérie est notre partenaire privilégié dans le Maghreb ».
Les discours diplomatiques et militaires concordent. On se souvient des officiers supérieurs algériens présent à Téhéran lors de la guerre des 12 jours et du bombardement des sites nucléaires iraniens. Pour Ahmed Sahnoune (ancien ministre algérien) : « La coopération Algérie-Iran est un modèle pour les pays arabes » et selon Mohammad Javad Zarif (ex-ministre iranien) : « L’Algérie reste notre principal partenaire stratégique au Maghreb ».
La presse officielle dythirambique des deux États ne tarit pas d’éloge pour justifier et “enrober de chocolat” et de grandiloquence toute coopération bilatérale. El-Khabar (Algérie) écrit péremptoire dans ses colonnes: « Notre soutien mutuel face aux sanctions est inébranlable ». Quant à Le Monde Diplomatique (Iran), le pouvoir iranien confirme : « L’Algérie est notre alliée la plus fidèle dans le monde arabe ».
Citons les discours officiels des dirigeants à propos des Accords bilatéraux tels que l’Accord sur la sécurité nucléaire de 2013. Divers rapports techniques d’experts indépendants confirment.
Les discours de Bouteflika et de Raïsi sont cités comme exemples concrets de volonté commune que viennent parachever des accords économiques et autres alternatives comme le Mémoire d’entente sur les hydrocarbures, 2020.
Perspectives
L’alliance entre l’Algérie et l’Iran s’appuie sur des similitudes structurelles, une volonté d’opposition au monde occidental, des perspectives futures pour un développement de l’énergie nucléaire civile, un renforcement des liens scientifiques, sachant que celui-ci risque de s’avérer à sens unique au regard de la fuite des cerveaux qui a cours en Algérie depuis de nombreuses décennies. L’axe Alger-Téhéran semble toutefois guère se différencier de l’axe des anciens proxi de Téhéran comme le Hezbollah, le Hamas ou celui de Caracas fortement affaiblis voir moribonds. Une coopération économique/militaire stratégique entre Alger et Téhéran pourrait s’avérer fort néfaste pour le Maghreb, le Sahara et le Sahel compte tenu de l’instrumentalisation de toute nébuleuse où se mêlent terrorisme, islamisme, narcotraffic et autres rackets pratique courante de l’armée algérienne et de ses milices locales. Cette relation, critiquée pour son caractère autoritaire et ses méthodes maffieuses (faux terrorisme, prise d’otages, rançons, etc\ldots), est loin d’offrir un modèle alternatif de développement dans la région MENA et Maghreb. Pire, elle constitue déjà une menace pour les voisins respectifs du parrain et du proxi.
La menace prend toute son ampleur lorsque l’on examine la situation géographique d’Alger à 800 kilomètres de Marseille où sévit déjà la maffia-DZ (qui menace de gangréner déjà toute la France et l’Europe du Sud). La menace se transforme en défi, en danger, lorsqu’elle se prolonge vers d’autres États aussi peu recommandables que ceux concernés par l’axe Téhéran-Alger-Caracas.
Outrecuidance
Il y a de quoi s’inquiéter lorsque l’on sait, notamment à travers certaines déclarations d’Algériens sur les réseaux sociaux tels que X, qu’ils n’hésiteront pas à mener à leur tour des essais nucléaires au Sahara pour leur compte ou pour celui de leur parrain oriental. Citons sur l’espace X de France 24 le commentaire suivant : “parce que le Sahara est vaste, il fallait bien un endroit pour développer l’arme atomique ou va-t-elle l’essayer à votre avis, des dommages collatéraux certes, les nomades, la France aprés a fait ses essais en Polynésie française, ces habitants ont subis les méfaits radioactifs aussi”.
Se le tenir pour dit, de sorte qu’il ne soit plus nécessaire, à l’avenir, d’y revenir. Impératif, cynisme ou insolence ? Une impudence ne mérite-t-elle point d’être chatiée ?
Chekib Abdessalam, essayiste
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